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Olivier Pickeu veut-il en finir avec la section féminine ?

3 novembre 2020 - 12:57

[Article mis à jour le 21/11/2020 suite à la réponse de l'intéressé, à lire en fin d'article.]

 

"Le développement du football amateur n'est pas ma priorité aujourd'hui"

 

Par cette phrase, le nouveau Président-Exécutif du Stade Malherbe Caen ne laisse finalement que peu de doutes quant à son intention par rapport à l'avenir de la section féminine.

Souhaitée fin 2018 par le simple actionnaire d'alors Fabrice Clément (Cf mon article sur le sujet), la section féminine était bien lancée. Après une première saison interrompue par le Covid, la montée en R1 avait pu compenser cet arrêt prématuré. Une affiche comme le 1/32ème de finale de Coupe de France l'an dernier face au Mans, et l'engouement que ce match avait suscité, était de bonne augure pour l'avenir, et révélateur de l'intérêt naissant des supporters pour cette équipe.

Dans une interview à Foot Normand, Pickeu propose qu'une équipe féminine se développe "avec un club amateur à côté", et non au sein d'une section féminine liée au club. Pickeu emprunte l'idée de Jean-François Fortin qui était "d'absorber" une équipe féminine locale telle que Cormelles-le-Royal. La différence, c'est que cette équipe historique et bien développée évoluait alors en D2. Aujourd'hui aucune équipe de l'ex "Basse-Normandie" ne peut rivaliser avec le Stade Malherbe. En outre, un développement extérieur se ferait inévitablement aux frais d'une baisse de la qualité de l'effectif (le club amateur perdant l'attirant prestige de jouer pour le Stade Malherbe), mais aussi et surtout des infrastructures, de l'encadrement, du budget. Une équipe reprenant la licence du club pour démarrer en R1 n'aurait aucune chance de pouvoir prétendre à une montée en D2 comme c'est le cas actuellement.

Mais le but d'Olivier Pickeu est bien de faire des économies sur le dos du football pratiqué par les femmes. Nous pouvons y voir ici une forme de mépris, soulevé à tous les niveaux (Cf. cet article de L'Équipe).
En effet, le président préfère voir un club amateur extérieur végéter en Régional 1, voire y jouer le maintien, et ce pendant plusieurs saisons, le temps que le club remonte en Ligue 1 et ait "les moyens" de s'occuper de cette section.

L'argument financier est fallacieux, car la section féminine est très peu coûteuse par rapport au budget global du club, l'équipe ne percevant pas de salaire et l'encadrement étant réduit. Le départ d'un joueur avec un salaire obtenu en signant un contrat en Ligue 1, comme Prince Oniangué ou Yacine Bammou, constituerait des économies substantielles, voire bien supérieures.

Il y a donc bien là l'incarnation d'un véritable désintérêt de la nouvelle direction pour la section féminine. Cela est dit lorsqu'il dit "Attention, j'adore le sport féminin. Bien sûr que je trouve cela important mais je considère qu'on n'est pas prêts." Nous l'étions lors de la création de la première section féminine du Stade Malherbe en 1970, avec à l'époque une équipe masculine non-professionnelle. Une équipe féminine comme l'ASJ Soyaux, fondée en 1968, joue aujourd'hui en D1, sans statut professionnel et sans équipe masculine de rattachement. Son budget annuel est à peine supérieur à la somme dépensée par Malherbe pour s'offrir Santy Ngom, 98' de jeu avec le club, aucun match depuis un an -ni même avec la réserve- et source de conflits avec le club.

Tout est question de savoir si on a la volonté de mettre de l'argent (en quantité modeste) dans une section féminine forte de centaines de licenciées, des U8 aux seniors. Ou si l'on préfère briser un élan qui fonctionne et qui renforce le club dans son ensemble. Comme l'avait dit Nicolas Seube dans SportàCaen : "si on a une école de foot qui fonctionne et une équipe première qui fonctionne, le club sera certainement plus fort avec une section féminine que sans structure féminine". De même, "[il] souhaite que les filles aient les mêmes rêves que les garçons".

Si Malherbe ne veut pas les aider à réaliser leur rêve, elles iront ailleurs, dans les pôles de formation en Bretagne ou au Havre ; elles n'iront pas dans un club amateur dont le but est de ne rien coûter au club, en attendant d'être bouffé par ce même club qui, quelques années auparavant, les avait abandonnées.

 

MàJ : Dans Ouest-France, Olivier Pickeu apporte une réponse : "On n’a jamais imaginé abandonner l’équipe féminine." avant d'ajouter "On a parlé d’un projet sur les trois prochaines années, évoqué un accompagnement." et de conclure pour rassurer que l'équipe féminine "fait partie à 100 % de notre club." Peut-être que les réactions aux inquiétudes qu'il a fait naître ont porté leurs fruits... .

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